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La peur de sa propre différence

juillet 12, 2010

Kad Merad incarne un Algérien qui a bâti sa vie sur un mensonge, afin de gravir l'échelle sociale / DR

L’Italien de Olivier Baroux

Sortie le 14 juillet 2010

Classement : 3.5 ★  sur 5

La bande annonce et les affiches nous avaient déjà offert un avant-goût bien rempli des sujets sensibles que traite « l’Italien ». Notamment l’identité, le racisme, la condition sociale des arabes en Europe. Et on peut dire que toutes ces promesses sont tenues avec une grande simplicité dans ce film, qui réussit à ne pas basculer dans la frivolité, ni dans le pathos.

L’Islam, le racisme, les discriminations dans le secteur privé… Ce sont autant de thèmes lourds et tabous qui sont abordés à travers l’histoire de Mourad. Ce Français d’origine algérienne a bâti sa vie amoureuse et professionnelle sur un mensonge de taille : il se fait passer pour Dino, un Italien qui mène un train de vie bien occidental. Peut-être par peur du racisme et des discriminations, dit-il. Mais le mensonge est double, car Mourad ment également à sa famille et à lui-même et semble avoir renié ses origines. Ce chemin « construit sur des sables mouvants » s’écroule néanmoins le jour où il est amené à se confronter à son identité et à assumer qui il est vraiment.

Voilà un film avec une démarche tout à fait louable, car le personnage de Mourad porte en lui la peur et les aspirations de toutes ces minorités qui rêvent de gravir l’échelle sociale, mais qui se heurtent à leur propre différence. Dans un contexte politique où les questions de l’identité nationale sont devenues proéminantes, il est très intéressant de voir le regard des personnes d’origine étrangère sur leur propre identité. Toutefois, on peut regretter quelques maladresses dans le jeu des acteurs, qui ne manquent pas d’enlever cette part de réalisme  et de crédibilité si nécessaires à un film aux messages aussi forts  que « l’Italien ».

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Fatal Bazooka: un retour explosif

juin 12, 2010

Le film raconte les joies et les affres de la célébrité, que connaît le personnage de Fatal Bazooka / Droits réservés

Fatal de Michaël Youn

Sortie le 16 juin 2010

Classement : 3 ★  sur 5

Fatal Bazooka : cette expression vous dit sûrement quelque chose. Souvenez-vous: il s’agit du nom du personnage créé en 2002 par Michaël Youn, lors du fameux show-télé « Morning Live » de M6. Ce personnage de rappeur « hardcore », originaire de la Savoie, a ensuite donné lieu à un groupe de rap parodique, qui a vendu 500,000 albums en 2007. Aujourd’hui, Michaël Youn, alias Fatal Bazooka,  frappe encore plus fort avec le film « Fatal »,  qui raconte ce que serait devenu le rappeur s’il avait vendu 15 millions d’albums !

En toute honnêteté, on peut dire que Michaël Youn, qui est scénariste, réalisateur et acteur dans ce film, a bel et bien réussi à donner vie au personnage de Fatal, grâce à un scénario bien ficelé et une performance audacieuse, qui est devenue le label du comédien. Fidèle à lui-même, Michaël Youn déploie en effet tous les excès possibles et imaginables : sexe, scatologie, provocations… Tout est réuni pour faire rire le spectateur. Mais en poussant à bout les limites, certaines scènes finissent par déranger, voire lasser par leur débilité, bien qu’on n’en finisse pas de rire de la naïveté du personnage de Fatal, opposé à un excentrique chanteur techno (incarné sublimement par Stéphane Rousseau). Des excès, il y en a également dans les démonstrations exubérantes de luxe, dans la manière choquante dont le personnage est traîné dans la boue, dans le langage cru, etc… A bien des moments, on finirait même par se croire dans une de ces comédies américaines délirantes, où tout est permis, ou presque …

Article que j’ai écrit pour le journal Le Progrès (16/06/10)

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Elles reviennent avec des polémiques

juin 2, 2010

Le film est principalement axé sur un voyage des quatre héroïnes à Abou Dabi / DR

Sex and the City 2 de Michael Patrick King

Sortie le 2 juin 2010

Classement : 2 ★ sur 5

Après avoir fait leurs adieux au petit écran en 2004, Carrie, Samantha, Charlotte et Miranda sont de retour au cinéma, dans le second volet de « Sex and the City ». Pour rappel, la première adaptation ciné de la série culte (en 2008) s’était close sur une fin heureuse, digne d’un véritable conte de fée. Alors, nous étions tout à fait en droit de nous demander ce qui pourrait bien arriver à Carrie Bradshaw, après qu’elle ait enfin dit « Oui » à Mr. Big. Un enfant ? Des aventures new-yorkaises toujours aussi rocambolesques ? Et pourquoi pas un divorce ?

Mais ce qu’on découvre au bout de 146 longues minutes du film, ce sont quatre amies toujours aussi soudées, avec leurs problèmes de couple, des crises de la quarantaine (et de la ménopause), et leurs idées féministes qui s’exacerbent lors d’un voyage grandiose à Abou Dabi. Le tout mêlé d’un extraordinaire déploiement de clichés les uns plus réducteurs que les autres. Même si on parvient à retrouver l’esprit de la série dans ce film, avec l’humour, le glamour, sans oublier les aventures sexuelles totalement délirantes de Samantha, on sent toutefois que le scénario s’épuise et qu’il serait peut-être temps de laisser Carrie et Mr.Big vivre longtemps et avoir beaucoup d’enfants…

Longuement axé sur le voyage des quatre héroïnes à Abou Dabi, le pays de « Shéhérazade et des tapis volants », comme l’évoque si candidement Carrie, ce film est en réalité un prétexte pour critiquer certains aspects du Moyen-Orient, parmi lesquels les répressions des femmes musulmanes, le poids des traditions et la diabolisation du sexe. Certaines scènes ont d’ailleurs des résonances avec l’actualité en France, comme le débat sur le port de la Burka. Même si on peut tout à fait saluer l’audace des critiques mises sur scène (qui frisent néanmoins le mépris et le manque de respect envers les cultures orientales quelques fois), les nombreux épisodes surréalistes, vulgaires et affreusement stéréotypés qui les accompagnent, font perdre le poids du message que le film essaie de véhiculer. Notamment cette séquence totalement improbable où des femmes arabes dévoilent des robes chic et ultra-sexy sous leur voile intégral…

Bref, Abou Dabi a réussi à éclipser tous les autres aspects du film et a tué l’âme new-yorkaise, fondamentale à la série. D’ailleurs, le film a déjà été taxé d’anti-musulman par certaines critiques…

La seule scène remarquable de « Sex and the City 2 » reste celle où Mr. Big vient chercher Carrie dans sa luxueuse Mercedes noire, devant l’ancien appartement de celle-ci.

Elle renvoie à l’une des scènes mythiques de la série et vous fait réaliser, non sans une pointe de nostalgie, que Carrie Bradshaw aurait dû rester à New-York et surtout … loin, très loin de Hollywood.

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Quand l’Inde dresse le portrait des Etats-Unis

juin 2, 2010

Rizvan Khan, incarné par Shah Rukh Khan, parcourt les Etats-Unis pour délivrer un message contre le racisme / DR

My name is Khan de Karan Johar

Sortie le 26 mai

Classement : 4 sur 5

Bollywood nous avait jusqu’à présent habitués à des histoires d’amour mélodramatiques infiniment ressassées, à des chants et danses hauts en couleur, ainsi qu’au portrait de l’Inde qui ressort plutôt du fantasme que de la réalité. Avec « My name is Khan » de Karan Johar, le cinéma indien sort enfin des sentiers battus (et même de l’Inde), en nous dressant un portrait poignant des Etats-Unis, aux lendemains des attentats du 11 septembre.

Avouons-le : des films sur le 11 septembre, il y en a eu plusieurs, et peut-être même trop. Mais là où « My name is Khan » arrive à tirer son épingle du jeu, c’est dans ce portrait intime qu’il nous livre des musulmans d’Amérique, victimes de la paranoïa et de la haine raciste qui ont découlé des attentats terroristes. Dès les premières minutes du film, le ton est donné. On apprend que Rizvan Khan, (incarné par le superstar Shah Rukh Khan), est pris pour un terroriste dans un aéroport américain à cause de son comportement suspect. Au gré des allers-retours entre le passé et le présent, on découvre alors l’histoire bouleversante de ce jeune musulman, originaire de Mumbai, qui souffre du syndrome d’Asperger (une forme d’autisme) depuis son enfance. A l’âge adulte, Rizvan avait immigré aux Etats-Unis et était tombé amoureux d’une coiffeuse, Mandira, jouée par la sublime Kajol. Après les traditionnels et réjouissants intermèdes musicaux, ils s’étaient mariés et installés à San Francisco. Jusque là, on baigne dans l’eau de rose de Bollywood, où les sentiments amoureux sont exacerbés et célébrés. Mais tout bascule le jour où les tours jumelles chutent, et font émerger un violent racisme anti-musulman. Suite à un drame lié au changement de regard brutal des américains, Rizvan Khan se lance dans un parcours semé d’embûches pour rencontrer le président des Etats-Unis, et lui déclarer que « Je m’appelle Khan et je ne suis pas un terroriste ».

Le message est fort, fédérateur et c’est un véritable cri d’espoir pour la réconciliation des peuples, dans un contexte où les musulmans sont encore tenus comme responsables des attentats du 11 septembre, par la société américaine. (La construction d’une mosquée près du Ground Zero a récemment suscité une vive émotion et causé une vague de polémiques aux Etats-Unis). Rizvan est émouvant dans sa naïveté, liée à son autisme, et dans sa détermination à faire entendre sa voix, et celle des millions de musulmans qui peinent à assumer leur identité. Pour cause : ce racisme latent entre amis, voisins, collègues, qui est d’ailleurs démontré sans ambages dans le film et qui fait aussi peur que les attentats du 11 septembre en eux-mêmes.

En s’attaquant à des sujets aussi graves et universels, le cinéma indien serait-il en train de se renouveler, voire de s’internationaliser ? En tout cas, grâce à ce message engagé et le formidable jeu du couple mythique de Kajol et de Shah Rukh Khan, la magie de Bollywood continue à opérer et le cinéma indien gagne une place de plus sur la scène internationale.

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Imogène ne fâche personne !

juin 2, 2010

Rousse et cinquantenaire comme Imogène McCarthery, Catherine Frot redonne vie à ce personnage des années cinquante / DR

Imogène McCarthery d’Alexandre Charlot et de Franck Magnier

Sortie le 5 mai 2010

Classement : 3 ★ sur 5

Les fans l’attendaient depuis longtemps, et c’est sous les jolis traits de Catherine Frot qu’ils pourront découvrir la célèbre héroïne d’Exbrayat, Imogène McCarthery, au cinéma cette semaine. Adapté du livre « Ne vous fâchez pas, Imogène ! », premier d’une longue série de sept romans policiers, le film a été réalisé par Alexandre Charlot et Franck Magnier, déjà scénaristes de « Bienvenue chez les Ch’tis » et « Astérix aux jeux olympiques », entre autres. Avec « Imogène McCarthery », ils ne dérogent pas à la veine comique qui a fait leur succès dans le passé, et livrent une modeste parodie du film d’espionnage.

Le scénario est simple et s’inspire de la version littéraire : en 1962, Imogène, Ecossaise travaillant comme secrétaire à l’Amirauté en Angleterre, est choisie pour une mission de la plus haute importance : livrer les plans d’un avion de guerre à Callandre, son village natal. Et ça tombe bien, car bien que vivant en Angleterre, Imogène affiche depuis toujours un patriotisme exacerbé pour l’Ecosse. Elle voue un fanatisme sans borne pour l’équipe de rugby écossais et fait résonner la musique de la cornemuse dans son appartement anglais, au point d’irriter les voisins. Mais une fois dans son pays natal, les choses se compliquent dangereusement pour elle, car trois bolcheviques veulent à tout prix s’emparer du plan de l’avion. Aussi, le retour au bercail marque les retrouvailles avec un ancien amour (joué par Lambert Wilson) et réveille des secrets de famille…

Ce qui se développe tout au long du film reste, hélas, assez prévisible et mièvre, et la parodie ne se résume qu’aux maladresses de notre apprentie espionne, qui, entre deux rasades de whisky écossais, essaie tant bien que mal de protéger le précieux document. Les quelques scènes loufoques, bien que jubilatoires pour le spectateur, prennent le pas sur l’émotion, et rendent bien fade une histoire qui promettait plus de rebondissements au début. Ce qui sauve finalement le film, c’est le formidable jeu de Catherine Frot, qui arrive à éclipser tout le reste. Avec sa flamboyante chevelure rousse, elle est pétillante et apporte le brin de folie et l’exubérance qui caractérisent si bien le personnage d’Exbrayat. Ses répliques décapantes, qu’elle rend avec force et brio, arrivent à donner vie à Imogène. Quant à Lambert Wilson, il reste charmant, sans pour autant être passionnant, dans le rôle de l’ancien amour d’Imogène. Bref, à la fin du film, il ne reste plus qu’une seule envie au spectateur : celle de retrouver Catherine Frot dans le second volet du film, dans un scénario, qui espérons-le, sera plus endiablé et prenant.

Exbrayat, l’inépuisable…

Né en 1906 à Saint-Etienne, Charles Exbrayat est un auteur de polars à succès, aussi inépuisable que Georges Simenon ou Agatha Christie. Après avoir fait des études de sciences naturelles à Paris, il a enseigné dans la capitale, a travaillé comme auteur dramatique à Genève et a été journaliste à Nevers. Son premier roman policier, paru en 1957, s’intitule « Elle avait trop de mémoire ». S’est ensuivie une centaine d’autres polars, qui ont la particularité de mêler suspense et humour. Parmi eux, la fameuse série de « Imogène », qui a d’ailleurs été adaptée au petit écran en 1989, ou encore « Tarchinini » qui se déploie en huit volets. Son roman policier, « Vous souvenez-vous de Paco ? » lui avait valu le Grand Prix du roman d’aventures en 1958. Un Prix Charles-Exbrayat, attribué chaque année pendant la Fête du livre de Saint-Etienne, récompense un roman policier « qui aurait plu à Charles Exbrayat », avec comme jury des lecteurs de Saint-Etienne, de Tarentaise et de Planfoy, où l’auteur a vécu.

Charles Exbrayat est mort dans sa ville natale en 1989, laissant derrière lui une œuvre riche et considérable.

Article que j’ai écrit pour le journal Le Progrès (06/05/10)


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